Présentation
Au Cameroun, le taux d’accès national à l’électricité était de 72%. Toutefois, d’importantes disparités subsistent entre les zones urbaines, périurbaines et rurales. Alors que le taux d’accès à l’électricité atteint 95,8 % en milieu urbain, il reste inférieur à 26 % en zone rurale (Banque Mondiale, 2023).
Les modes de gestion et distribution du secteur électrique se décomposent comme suit :
Niveau 1 – Réseaux interconnectés
Le système électrique Camerounais est constitué de deux réseaux interconnectés :
- Le Réseau Interconnecté Sud (RIS), le plus important, couvre six régions du pays et se distingue par sa puissance installée et son étendue géographique et démographique (près de 89% des abonnés du réseau électrique).
- Le Réseau Interconnecté Nord (RIN), dessert les trois régions de la partie septentrionale du pays.
- Le Réseau Interconnecté Est (RIE), en réalité non interconnecté, couvre exclusivement la région Est du pays.
Niveau 2 – Mini-réseaux de l’AER
L’Agence d’Électrification Rurale (AER) exploite environ 350 mini-réseaux solaires photovoltaïques (PV), avec des puissances comprises entre 30 et 200 kW. Ces centrales s’inscrivent dans le projet d’électrification de 1 000 localités par Systèmes Solaires Photovoltaïques portée par AER/HUAWEI.
À noter : En 2024, les solutions hors réseau représentaient près de 27,2 MW, répartis entre le solaire photovoltaïque (26,65 MW) et l’hydroélectricité (526 kW) (APELCA, 2025).
Niveau 3 – Opérateurs privés
Les opérateurs privés exploitent environ 23 mini-réseaux solaires, dont la puissance varie entre 10 et 100 kW.
A noter : Un Plan d’Actions pour l’Électrification Hors Réseau (PAEHR) et le code des mini-réseaux seront disponibles d’ici 2026.
Niveau 4 – Systèmes solaires domestiques (SSD)
Les systèmes solaires domestiques connaissent un développement rapide, favorisé par les exonérations de TVA mises en place depuis 2012, entraînant une baisse des prix de vente. En 2023, la capacité installée cumulée était de plus de 2 238 kW, desservant près de 300 000 utilisateurs.
À noter : Le Cameroun a encouragé l’adoption de solutions hors réseau, notamment solaires photovoltaïques, à travers des mesures incitatives sur l’importation de systèmes et composants solaires tels que séchoirs, cuiseurs/fours, incubateurs, batteries, onduleurs, panneaux, câbles et unités de contrôle de charge. Ces incitations incluent une exonération de TVA depuis 2012 et l’exonération des droits de douane depuis 2024.
Malgré ces avancées, le Cameroun continue de faire face à plusieurs défis majeurs dans la mise en œuvre de sa stratégie énergétique :
- Réhabilitation et extension des infrastructures énergétiques à des coûts compétitifs ;
- Modernisation et renforcement des réseaux de distribution, avec pour objectif de réduire les pertes et d’assurer une couverture énergétique fiable et durable ;
- Amélioration de la viabilité financière du secteur, à travers :
- l’atteinte de l’équilibre financier d’ici 2028,
- la garantie d’un taux de recouvrement de 100 % des factures d’électricité à partir de 2026,
- l’amélioration du rendement de distribution à 88 % à l’horizon 2030.
- Renforcement de l’expertise locale en matière de conception, de construction, d’exploitation et de maintenance des infrastructures électriques, tout en favorisant les transferts de technologies Nord-Sud ;
- Assurance de la conformité technique et de la performance des installations de production d’énergie issues de sources renouvelables.
Profil énergétique
Les énergies renouvelables représentent 63 % de la production, dont 62,7 % provenant de l’hydroélectricité, 0,5 % des biocarburants et 0,2 % du solaire.
Les énergies fossiles représentent quant à elles 35,9 % de la production, réparties entre le gaz naturel (23,4 %), d’autres sources fossiles non spécifiées (12,5 %) et les importations nettes (0,7 %) (LowCarbonPower, 2023).
Engagements nationaux
Énergie
Compact Énergétique National (CEN 30)
- Accès universel à l’électricité en 2030. Fait partie de la Mission 300
- Amélioration du taux d'accès à la cuisson propre pour atteindre 40 % d'ici 2030.
- Progression de 10% de la part des énergies renouvelables d’ici 2030.
Stratégie Nationale de Développement (SND 30) :
- Développement des infrastructures énergétiques du pays pour atteindre une capacité installée de 5000 MW d’ici 2030 (1650 MW en 2019).
Contribution Déterminée au Niveau National - Actualisée (CDN)
L’objectif est d’atteindre 25 % d’énergie renouvelable dans le bouquet électrique à l’horizon 2035.
Climat
A l’issue de la COP 21, le Cameroun s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 32% à l’horizon 2035, dont 11 % de manière inconditionnelle et 21 % sous condition d’un appui international.
Genre et inclusion dans le secteur énergétique
La Politique Nationale du Genre (PNG) est le cadre de référence sur les questions de genre au Cameroun.
En 2021, le Cameroun a élaboré pour la première fois un document budgétaire tenant compte de l’égalité de genre, annexé à la loi de finances 2022. Ce document fait l’objet d’une mise à jour annuel. Il a pour objectif de promouvoir l’égalité entre les sexes en établissant un lien entre les politiques publiques et les allocations budgétaires qui y sont associées.
Dans le Compact Énergétique National (CEN 30), le Cameroun :
- S'engage à promouvoir l'entrepreneuriat féminin dans le cadre de la transition vers les énergies propres, en vue de favoriser l'égalité de genre et l'autonomisation économique d'ici 2026.
- Envisage une hausse de 10 % du nombre d’entreprises détenues ou dirigées par des femmes bénéficiant d’un accès à l’énergie, à des technologies de cuisson propres et à des usages productifs.
- Prévoit d’augmenter de 10 % la proportion de femmes actives occupant des postes de direction et des fonctions techniques dans le secteur de l’énergie d’ici 2030.
Le secteur des combustibles
Au Cameroun, près de 80 % des ménages, surtout ruraux, utilisent encore le bois-énergie (CEN 30). Un projet pilote de cuisson propre via foyers améliorés et briquettes écologiques lancé dans le Nord et l’Extrême-Nord, a connu un grand succès et son extension nationale est prévue dans le Compact Énergétique National. La stratégie d’accès aux combustibles propres repose sur plusieurs axes :
- Mise en place d’une plateforme numérique de suivi statistique de l’accès à l’électricité et aux solutions de cuisson propre d’ici fin 2026.
- Adoption d’une stratégie nationale de cuisson propre accompagnée d’un plan d’actions d’ici fin 2026.
- Déploiement de six programmes spécifiques de cuisson propre :
- diffusion du GPL ;
- diffusion des foyers améliorés et du charbon écologique ;
- promotion du biogaz ;
- diffusion de méthodes écologiques de carbonisation et de transformation du charbon et de la sciure de bois ;
- organisation de la filière bois-énergie ; promotion de la cuisson propre en milieu industriel.
- Prorogation et stabilisation des avantages fiscalo-douaniers existants (lois de Finances 2012 et 2024) pour les équipements de cuisson propre, afin de rendre ces solutions plus abordables et accessibles aux ménages à faibles revenus.
À noter : la loi de 2012 sur l’exonération de TVA a favorisé l’arrivée de nombreux importateurs de systèmes solaires domestiques (SSD), entraînant une baisse des prix sur le marché national et une meilleure adoption.
Les acteurs de l’énergie
Cadre politique et juridique
- Le Compact Énergétique National : adopté en 2025, vise à transformer le secteur de l’énergie d’ici 2030 autour de cinq axes : réhabilitation et extension des infrastructures, intégration régionale, promotion des énergies renouvelables décentralisées et solutions de cuisson propre et implication du secteur privé.
- Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), cadre de mise en œuvre de la Vision 2035 du Cameroun. Elle met l’énergie au cœur du développement à travers la valorisation du potentiel hydroélectrique, la promotion des énergies alternatives et l’optimisation de l’usage de la biomasse.
- Plan directeur d’électrification rurale (PDER) : adopté en 2016, ce plan d’action vise à accélérer l’électrification en zones rurales avec l’ambition d’atteindre un accès universel à l’électricité à l’horizon 2035.
- Plan de développement du secteur de l’électricité à l’horizon 2030 (PDSE) : élaboré en 2006, révisé en 2014, ce plan propose différents scénarios destinés à servir d’outil d’aide à la décision pour l’État, les bailleurs de fonds, les opérateurs et les investisseurs privés.
- Politique Nationale, Stratégie et Plan d’Action pour l’Efficacité Energétique dans le secteur de l’électricité au Cameroun de 2014, présente les scénarios de consommation d’énergie, fondés sur des niveaux variables d’engagement de l’action publique en matière de promotion ou de régulation de l’efficacité énergétique.
A noter : L’Etat a créé un Fonds d’Energie Rurale (FER), qui apporte des subventions jusqu’à hauteur de 80% de l’investissement.
- Décret n°2020/497 du 19 août 2020 portant sur la création, organisation et fonctionnement du Fonds de Développement du Secteur de l’Electricité.
- Arrêté n°13 MINEE du 13 juin 2019 : portant sur l’adoption et application du code de raccordement au réseau public de transport d’électricité, il définit les procédures de raccordement ainsi que les exigences techniques et réglementaires applicables aux producteurs d’électricité.
- Arrêté n°14/MINEE du 13 juin 2019 : relatif au code de marché de l’électricité, il précise les obligations et responsabilités du gestionnaire du réseau de transport, des utilisateurs du réseau public et des fournisseurs, afin de garantir la sécurité et la stabilité du système électrique.
- Arrêté conjoint N°005/MINEPDED/ MINCOMMERCE du 24 octobre 2012 fixant les conditions spécifiques de gestion des équipements électriques et électroniques ainsi que de l’élimination des déchets issus de ces équipements.
- Décret N° 2016/6602/PM du 16 Décembre 2016 fixant les modalités d’exercice de certaines compétences transférées par l’Etat aux communes en matière d’électrification des zones nécessiteuses.
- Arrêté N°00000193/A/MINEE du 28/04/2014 fixant composition des dossiers de demande de concession, de licence, d’autorisation et de déclaration, ainsi que les frais y afférents.
- Loi n°2011/022 Régissant le secteur de l’électricité au Cameroun : Elle établit le nouveau cadre juridique et institutionnel du secteur, créant un environnement propice aux partenariats public-privé et encourageant le recours au Producteur Indépendant Énergie (PIE) pour le développement des installations de production.
À noter : Depuis 2011, le Cameroun a engagé une série de réformes visant à libéraliser son marché de l’électricité
L’Agence des Normes et de la Qualité (ANOR), en collaboration avec le MINEE et les autres administrations et organismes compétents, assure la mission de normalisation et de contrôle de la qualité dans le domaine de l’énergie. La norme prévoit une classification selon les niveaux suivants : basse tension, moyenne tension, haute tension, très haute tension. Pour plus d’information, voir le Code de Réseau du Cameroun.
Depuis 2012, la norme NC244 15100 : 2011-08 qui présente les règles de construction et de réalisation des installations électriques à basse tension est obligatoire. Pour en savoir plus, consultez la liste complète des normes techniques du secteur de l’énergie sur le site de l’ANOR.











