mardi 24 février 2009

Sénégal : le biocarburant, une menace pour les cultures vivrières

Un atelier de restitution des « Études sur les enjeux liés aux agro carburant au Sénégal » a réuni un panel d’experts le jeudi 19 février 2009 au Centre africain d’études supérieur en gestion (Cesag). Cette rencontre a été l’occasion pour les participants de mettre à nu les « incohérences » des politiques énergétiques et agricoles du Sénégal dans ce domaine.

La production à grande échelle de biocarburant au Sénégal, un pays en pointe en Afrique pour la promotion de cette nouvelle énergie, pourrait à terme menacer les cultures vivrières et bousculer l’agriculture dans les zones humides, selon deux Ong, Wetlands International et Actionaid Sénégal.

« La menace, c’est sur le long terme. Si cette politique de distribution de terres, à l’aveuglette, pour la mise en place à grande échelle de massifs pour le biocarburant continue, les cultures vivrières vont entrer en concurrence avec le biocarburant », affirme Fatou Mbaye, chargée du projet sur les biocarburants à ActionAid Sénégal. C’est ce qui ressort d’une étude sur les bio-carburants au Sénégal menée par deux Ong, Wetlands International et Actionaid Sénégal. « Sur le plan juridique (…) il n’existe pas encore de cadre réglementant formellement la production, la transformation et la commercialisation des biocarburants », souligne le rapport de l’Ong Wetlands. Les deux Ong ont préconisé la mise en place d’un cadre législatif et une « évaluation environnementale », afin de contrôler la production de biocarburants au Sénégal.

Le Sénégal, qui importe l’essentiel de ses besoins alimentaires et énergétiques, s’est lancé dans une politique de diversification des sources d’énergie. Mais il a aussi dans le même temps mis en place en 2008 une politique d’autosuffisance alimentaire. Ce pays a en effet lancé début 2007 un programme national de culture de jatropha , ou pourghère, une plante dont on extrait une huile pouvant servir de carburant. En 2012, le jatropha devrait couvrir 320.000 hectares, dans toutes les communautés rurales du pays, selon des projections officielles.

D’autres expériences sont menées par des industriels, pour notamment produire de l’éthanol, ainsi que par des agriculteurs privés, locaux et étrangers. La Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) a inauguré fin 2007 dans le nord du pays une distillerie pour produire « 8 à 12 millions de litres d’éthanol par an » à partir de mélasse issue de la transformation de la canne à sucre.

Pour Sidi Bâ, représentant du Cadre national de concertation des ruraux (CNCR), une organisation paysanne, « tel que c’est décrit dans le programme national (de culture de jatropha), le bio-carburant est effectivement une menace réelle pour les cultures vivrières ». « Cultiver du jatropha à la place du mil, du maïs ou de l’arachide, c’est dire aux paysans : mourrez de faim demain », ajoute M. Bâ.

Ces menaces sont surtout dues au fait que, selon des spécialistes, la culture du jatropha était annoncée sur des terres dégradées, salées notamment. Mais il est cultivé sur des terres arables, dans le nord et le sud du pays notamment d’où provient l’essentiel de la production nationale de riz. Or, le Sénégal importe traditionnellement les trois quarts de sa consommation de riz de Thaïlande ou plus récemment d’Inde.

« Le jatropha peut pousser partout, mais il est recommandé de le cultiver sur des sols humides pour avoir des graines. C’est pour cette raison que les zones humides, les mêmes terres prévues pour l’agriculture, sont convoitées », affirme Pape Mawade Wade de Wetlands International.

Mais les autorités minimisent le problème. « Il n’y a aucune menace. La question est en train de se régler par l’augmentation de la production agricole par le biais de la recherche », rétorque le directeur national au ministère sénégalais des biocarburants, Sana Faty. En outre, selon lui, « le Sénégal dispose de beaucoup de terres dégradées qui ne sont utilisées par aucune culture et sur lesquelles on va faire du biocarburant ».

Pour M. Faty, « le biocarburant est une option irréversible dans le monde entier pour diversifier les sources d’énergie traditionnelles ».

« Il serait dommage que les Africains se mettent à faire de faux discours car ce sont eux qui disposent de beaucoup d’opportunités parce que possédant des terres » qui manquent en Europe et en Amérique notamment, conclut-il.


Source : des articles publiés sur les sites Google, et Sudonline notamment.

René Massé

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